 La prévision de 80 mille tonnes de production maraîchère estimée cette année est en passe d’être atteinte. Mieux, les producteurs affichent un optimisme quant à son dépassement. Les soutiens apportés par certaines organisations, sont en partie tributaires de cette réalité. Nombreux sont les maraîcheculteurs qui ont déjà entamé une troisième phase de production de cette saison. Nous y avons fait un tour au matin du jeudi 11 février 2010.
Goinré, barrage situé dans la banlieue Nord de Ouahigouya. Les terres dégagées à ses abords son propices à la maraîcheculture. Bon nombre de producteurs maraîchers, toutes tendances confondues, y ont jeté leur dévolu. Sur les centaines d’hectares de terrains étendus à perte de vue, la végétation y est abondante. Ce sont des pousses et des plants de légumes de toutes sortes. Des arrosoirs en main, de nombreux producteurs s’échinent à apporter le liquide précieux à vie des plantes. Les plus nantis utilisent des motopompes.  Moussa Ouédraogo, notre premier interlocuteur de cette matinée confie entamer la troisième phase de production de cette saison. Commencé depuis, novembre, il a déjà mis en valeur 1 ha et demi de pommes de terre, de choux et d’oignons. Producteur individuel, il est aidé par des employés journaliers. Toutes les deux récoltes ont été bonnes et il a confié s’en être tiré à bon compte jusque-là. Les oignons et les choux ont vite été écoulés sur place. « Je n’ai pas eu besoin de rechercher de la clientèle. Elle s’amenait au fur et à mesure que je récoltais. Ce sont essentiellement les vendeuses du marché de Ouahigouya qui venaient en acheter » a-t-il indiqué. De nos jours, Moussa Ouédraogo compte produire pour la troisième fois. Des tomates cette fois-ci. Il émet cependant des inquiétudes quant à la stabilité du marché. Pour lui, les prix ont commencé à chuter ces derniers temps. « Cela est dû au fait que beaucoup de producteurs procèdent à leur récoltes. Tout de même, il j’espère que ça av changer par la suite ».
Un peu plus loin, une aire luisante de plants de poivron qui courbent sous la lourdeur des légumes attire l’attention. L’étendue de parcelles, d’une superficie de 3 ha et demi, appartient à Yacouba Ouédraogo. Il y cultive du maïs, des oignons, des tomates, des choux et du poivron. Contrairement au premier producteur, Yacouba Ouédraogo dit faire de la maraîcheculture, son activité principale même si des beuglements de bovins qui broutent non loin de là, semblent indiquer qu’il élève aussi. Ce dernier prépare également à semer pour la troisième fois cette saison. En véritable professionnel, Yacouba Ouédraogo dit être affilié à une association, ‘’Tegwendé’’. Cette saison, en plus de ses productions propres, il dit avoir acheté et revendu des tonnes de productions. La denrée la plus vendue par lui est le poivron. ‘’ L’année passée, j’ai vendu le sac à 2000 fr CFA. « Cette année, je l’ai cédé au quadruple de ce prix ». Pour lui, ses débouchés, facilitées par sa structure faîtière, ‘’Tegwendé’’ sont entre autres le marché central de Ouahigouya et les des acheteurs venus d’autres villes du Burkina et de pays étrangers.Si bon nombre de producteurs se frottent les mains, d’autres par contre s’inquiètent de l’issue de la saison. C’est le cas de celui-là, qui préfère garder l’anonymat. ‘’Sinistré’’ l’année dernière du fait du manque d’eau intervenu à un moment au barrage de Goinré, il s’est préparé à rattraper la perte cette année. Il dit avoir réalisé 2 hectares de pommes de terre cette saison. C’est au moment où les prix ont commencé à chuter sur la place du marché qu’il a commencé à récolter. « Je me demande si au prix de 200 fr CFA le kilo, je pourrai rentrer dans mes fonds » s’inquiète t-il. Son voisin, répondant de Sayouba Ouédraogo, dit avoir manquer d’engrais pour boucler sa saison. Les feuilles de ses plants de tomate de quelques trois semaines commencent à jaunir. Les bénéfices prélevés su la vente de la première phase d’oignons ont servi à acheter une charrette.
 S’allier pour vaincre les difficultés Les producteurs semblent avoir pris le taureau par les cornes cette saison. La plupart d’entre eux ont augmenté leurs productions. Les conseils des techniciens en fin de saison passée ont eu de l’effet. Appel avait été lancé en son temps de commencer tôt cette année, histoire de parer à la difficulté du manque d’eau observé à un moment aux abords des barrages.. Certains producteurs, organisés autour de leurs structures faîtières récoltent d’importants dividendes. C’est le cas de L’Association professionnelle des maraîchers du Yatenga (ASPMY). En partenariat avec le Programme d’appui aux filières agro sylvo pastorales (PAFSAP) ont mis en place des mécanismes permettant d’optimiser les productions de leurs membres. Dans cette dynamique, des silos de conservations ont été construits pour les membres de cette association grâce à l’appui financier du PAFASP. Ces silos, appelés aussi ‘’ruudu’’, sont faits en matériaux locaux permettant de conserver les oignons et les pommes de terre pendant quatre à huit mois. C’est le cas de Yacouba Ouédraogo : « Je n’ai pas encore de silo propre à moi. C’est avec des amis qui en possèdent que j’arrive à conserver mes productions’’. Sa cherté de cet outil fiat que plusieurs producteurs s’unissent pour s’en procurer. Cette collaboration entre producteurs permet de réduire les pertes et d’optimiser les gains.
Il a aussi été question de la tendance vers la régulation des prix des spéculations sur le marché. L’objectif, mettre fin à l’auto consommation à laquelle les producteurs sont réduits l’année passée. Pour ce faire, des structures telle l’ASPMY ont bénéficié de voyages d’études et de formation de ses membres. « Produire c’est bien, pouvoir vendre est encore mieux » ne cesse de rappeler Salam Ouédraogo dit Docteur, président de l’ASPMY. Pour ce député producteur, malgré les contraintes énormes à l’heure actuelle, l‘espoir est permis pour peu que les acteurs se fréquentent et se solidarisent d’avantage. Des jérémiades fusent cependant chez certains producteurs. Ce sont surtout ceux qui, à l’image de Sayouba Ouédraogo, officiant seul, rencontrent des difficultés par la suite. L’union s’avère donc indispensable pour les producteurs.  ‘’Il faut qu’on avance’’ De nos jours, un tour au marché central de Ouahigouya permet de constater la prédominance des productions saisonnières sur les autres produits. Il s’agit notamment de la pomme de terre, de l’oignon, des tomates etc. toutes ces productions sont issues en grande partie des périmètres irrigués de Goinré. De gros camions venus d’autres horizons transportent ces productions vers d’autres villes. C’est dire que le marché est très favorable dans l’ensemble. Les gains seront importants pour tous ceux qui se seront bien donnés au travail. Mais après la vente, vient la gestion des bénéfices. Le Premier ministre Tertius Zongo, lors de la visite des périmètres irrigués de Goinré, au lendemain de la commémoration de la fête de l’Indépendance, le 12 décembre 2009, a fait le constat que certains producteurs, malgré leur acharnement au travail, n’engrangent pas conséquemment en fin de saison. Pour Tertius Zongo, quelque chose ne va pas. Le respect des paquets technologiques n’est pas toujours de mise. En témoigne la faible production de fumure organique, propice au développement des plants. Le dialogue direct du grand visiteur du jour avec les producteurs lui a permis de savoir également que le gain en fin de saison sert très souvent à célébrer fastidieusement des funérailles et des mariages. Toute chose qui ne rencontre son l’assentiment. Le PM n’a pas voulu les caresser dans le sens des poils : « Il faut qu’on avance, on ne peut pas continuer à faire comme si l’on était à 20 ans en arrière. Respectez les conseils des techniciens. C’est pour vous qu’ils sont là. Je ne veux plus revenir faire le même constat ». L’abnégation des femmes au travail a suscité l’admiration des hôtes du jour. Les ministres ont pu relever avec enthousiasme l’abnégation de l’autre moitié du ciel dans les travaux. Les pagnes solidement noués, ces dernières confient s’adonner entièrement à l’activité de la maraîcheculture, « car pourvoyeuse de revenus à même de leur permettre de faire face aux dépenses liées à l’entretien de leur famille et la scolarité de leurs enfants ». Séduit par ces propos des braves paysannes, le Premier ministre leur a fait don d’une charrette, des sacs d’engrais, et divers autres matériels de production. En plus de ce don, le PM a promis l’extension de terres au profit des femmes, du matériel, et aussi un appui pour la réalisation des fosses fumières.
Le PAFASP, un partenaire sûr pour les producteurs ! Le Programme d’appui aux filières agro sylvo pastorales (PAFASP) vise la promotion des filières comme l’oignon, la mangue, le bétail viande, et le bétail local. les projets éligibles au financement de ce programme concernent les activités portant sur la formation et la sensibilisation sur les filières ciblées, la promotion des technologies adaptées, les investissements sur les petites et grandes irrigations, la promotion commerciale et le développement de la force de vente. L’antenne nord de la dite structure basée à Ouahigouya, sous la conduite de Michel Ouédraogo couvre les régions du Nord, du Centre nord et du Sahel. Le PAFASP donne la preuve qu’en accompagnant les producteurs et en soutenant les initiatives individuelles, on peut gagner le pari du développement. L’ASPMY a bénéficié de cette structure, de nombreuses opportunités telles les subventions pour la réalisation de silos de conservation, la formation de ses membres et des voyages d’étude. Les membres de l’Association professionnelle des maraîchers du Yatenga (ASPMY) ne manquent pas d’appeler à une exploitation judicieusement des opportunités qu’offrent le PAFASP.
David-Hiver Ouédraogo |